{"id":1354,"date":"2017-03-01T10:06:24","date_gmt":"2017-03-01T09:06:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinemanifeste.fr\/?p=1354"},"modified":"2017-03-01T10:13:25","modified_gmt":"2017-03-01T09:13:25","slug":"a-propos-de-lucehommage-a-luce-vigo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cinemanifeste.fr\/?p=1354","title":{"rendered":"A propos de Luce\u2026hommage \u00e0 Luce Vigo"},"content":{"rendered":"<p><strong>A propos de Luce\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Luce Vigo est partie dimanche dernier, le 12 f\u00e9vrier. Elle avait 85 ans officiels, beaucoup moins en fait tant elle \u00e9tait curieuse du monde, et m\u00eame si elle se baladait ces derni\u00e8res ann\u00e9es avec un appareil qui l\u2019aidait \u00e0 respirer, sur lequel d\u2019ailleurs elle plaisantait volontiers.<\/p>\n<p>J\u2019ai eu la chance de rencontrer Luce Vigo, ainsi qu\u2019Emile Breton, il y a quelques ann\u00e9es, je n\u2019arrive pas \u00e0 dater notre premi\u00e8re rencontre. Il est vrai qu\u2019on avait l\u2019occasion de croiser ce couple infatigable dans toutes les occasions que se donnait l\u2019Art et Essai de continuer \u00e0 faire vivre le cin\u00e9ma d\u2019auteur, les id\u00e9es et les \u00e9motions ensemble sur la pellicule.<\/p>\n<p>Mais je sais que c\u2019est au journal <em>Regards<\/em> que nous avions sympathis\u00e9. Luce y publiait des chroniques cin\u00e9matographiques, apr\u00e8s l\u2019avoir fait dans <em>R\u00e9volution, <\/em>et comme elle continuait \u00e0 le faire dans plusieurs journaux et revues de cin\u00e9ma, d\u00e9fendant les films qui en avaient besoin, pr\u00e9f\u00e9rant \u00ab\u00a0donner la parole aux cr\u00e9ateurs\u00a0\u00bb. Pour la cin\u00e9phile et ancienne \u00e9tudiante en cin\u00e9ma que j\u2019\u00e9tais, Jean Vigo \u00e9tait un mythe. Ecrire dans le m\u00eame journal, rencontrer et fr\u00e9quenter sa fille, critique et cin\u00e9phile sensible, discuter avec elle, \u00e9tait un de ces bonheurs que nous avons parfois dans les salles obscures mais aussi dans les rencontres entre amoureux de cet art, 7\u00e9me et si singulier.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite, Luce, avec sa gentillesse, sa chaleur, son humanit\u00e9, sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, sa curiosit\u00e9 et son regard toujours pointu sur les cin\u00e9mas m\u2019ont fait oublier sa prestigieuse filiation. Elle \u00e9tait Luce Vigo, amoureuse du cin\u00e9ma et surtout belle personne, tr\u00e8s belle personne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle racontait ne pas avoir de souvenirs de son p\u00e8re, fils de l\u2019anarchiste Eug\u00e8ne Bonaventure de Vigo, qui avait pris un nom de guerre, Miguel Amereyda, anagramme de \u00ab\u00a0y\u2019a de la merde\u00a0\u00bb. D\u00e9j\u00e0 tout un programme, disait-elle, ce regard sur la soci\u00e9t\u00e9 port\u00e9 par un homme, incarc\u00e9r\u00e9 pour ses positions politiques, mort dans des circonstances troubles, en prison, et dont le fils Jean Vigo chercha inlassablement \u00e0 r\u00e9habiliter la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Jean Vigo avait film\u00e9 entre 24 et 29 ans, quatre pr\u00e9cieux films qui font partie de l\u2019histoire du cin\u00e9ma et forment un point de vue critique unique sur la soci\u00e9t\u00e9 et collabor\u00e9 avec Boris Kaufman, le grand chef op\u00e9rateur fr\u00e8re de Dziga Vertov, le musicien Maurice Jaubert, et d\u2019autres amoureux du cin\u00e9ma qui avaient rejoint son \u00e9quipe. L\u2019un de ses films les plus c\u00e9l\u00e8bres, <em>Z\u00e9ro de conduite<\/em>, avait \u00e9t\u00e9 interdit par la censure, pour <em>A propos de Nice<\/em> Luce racontait que \u00ab\u00a0c&rsquo;\u00e9tait le plaisir de la d\u00e9couverte de la cam\u00e9ra par un jeune de vingt-quatre ans qui d\u00e9couvre ce dont il r\u00eavait, faire des acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s, pratiquer le pamphlet cruel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son p\u00e8re Jean Vigo, mort quand elle avait seulement trois ans, sa m\u00e8re, Lydu Lozinska, d\u2019origine polonaise, disparut quelques ann\u00e9es apr\u00e8s laissant la place \u00e0 des tuteurs comme le journaliste Louis Martin-Chauffier et sa femme Simone, qui ont fait partie de l\u2019un des premiers r\u00e9seaux de la R\u00e9sistance, le r\u00e9seau du Mus\u00e9e de l&rsquo;Homme, et Claude Aveline, l&rsquo;ex\u00e9cuteur testamentaire de Jean Vigo.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Luce avait eu la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de participer avec Emile Breton \u00e0 deux manifestations que j\u2019avais organis\u00e9 au cin\u00e9ma Champo \u00e0 Paris. Tout d\u2019abord une r\u00e9trospective du cin\u00e9aste finlandais Aki Kaurism\u00e4ki, elle avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente aux d\u00e9bats et aux c\u00f4t\u00e9s des fid\u00e8les acteurs d\u2019Aki Kaurism\u00e4ki, Eveline Didi et Andr\u00e9 Wilms, Kati Outinen, Elina Salo, d\u2019un autre regrett\u00e9 critique de cin\u00e9ma, Peter Von Bagh, et de l\u2019\u00e9quipe des <em>Cahiers du cin\u00e9ma<\/em>.<\/p>\n<p>Aki Kaurismaki l\u2019avait ensuite engag\u00e9e pour un petit r\u00f4le dans son film <em>Le Havre<\/em>, elle y jouait la caissi\u00e8re d\u2019un cin\u00e9ma, r\u00f4le qui lui convenait tant que celui d\u2019une \u00ab\u00a0ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb du cin\u00e9ma. <em>Oh c\u2019\u00e9tait un petit r\u00f4le<\/em> disait-elle mais on voyait bien qu\u2019elle \u00e9tait un petit peu fi\u00e8re tout de m\u00eame de l\u2019amiti\u00e9 d\u2019Aki Kaurism\u00e4ki. Elle y tenait aussi pour signifier qu\u2019elle n\u2019oubliait pas que le cin\u00e9ma est fait et diffus\u00e9 aussi par les techniciens, les figurants, les travailleurs, foule obscure des salles obscures. Car en plus d\u2019\u00eatre critique, elle avait \u00e9t\u00e9 programmatrice de salle, \u00e0 la Maison de la Culture de Bobigny notamment, o\u00f9 elle n\u2019avait jamais programm\u00e9 des films de Vigo, racontait-elle\u2026<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait revenue ensuite au Champo pour le cycle de films \u00ab\u00a0Mai 68 au cin\u00e9ma\u00a0\u00bb avec \u00c9mile toujours, on y pr\u00e9sentait d\u2019ailleurs un film rare que j\u2019avais eu un mal fou \u00e0 d\u00e9nicher, <em>Le temps de vivre<\/em> de Bernard Paul (1969), avec Marina Vlady, et o\u00f9 Emile jouait un petit r\u00f4le, celui d\u2019un docker si je me souviens bien\u2026<\/p>\n<p>Avec beaucoup de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, elle m\u2019avait accueillie chez elle, chez eux, dans cet appartement presque en face de la coupole d\u2019Oscar Niemeyer et du si\u00e8ge du parti communiste. Leur lieu de vie \u00e9tait tout autant que par eux habit\u00e9 par le cin\u00e9ma, dans tous ses recoins. Avec Emile ils m\u2019avaient conseill\u00e9e et aid\u00e9e \u00e0 retrouver les traces de ce film oubli\u00e9. Nous parlions aussi de nos vies et de politique et d\u2019autres histoires qui m\u2019avaient \u00e9merveill\u00e9e.<\/p>\n<p>Luce \u00e9tait une femme moderne. Pas seulement tout le long de sa vie personnelle, elle \u00e9tait une femme curieuse, attentive tant aux soubresauts du monde qu\u2019aux diff\u00e9rentes formes et \u00e9critures cin\u00e9matographiques, fascin\u00e9e par la jeunesse et ouverte \u00e0 la jeunesse, jusqu\u2019au plus proche aujourd\u2019hui des r\u00e9seaux sociaux et de facebook dont elle se servait r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n<p>Luce s\u2019occupait depuis plusieurs ann\u00e9es du prix Jean Vigo cr\u00e9e par Claude Aveline en 1951, un prix qui consacre un auteur d\u2019avenir et un premier film. Au d\u00e9but r\u00e9ticente car elle disait avoir eu du mal \u00e0 accepter ce lourd h\u00e9ritage du p\u00e8re &#8211; elle n\u2019avait vu ses films qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 14 ans &#8211; elle en avait \u00e9t\u00e9 la secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 partir des ann\u00e9es soixante-dix et enfin la pr\u00e9sidente.<\/p>\n<p>Elle me racontait il y a quelques ann\u00e9es ses r\u00e9unions de visionnage, \u00e0 l\u2019\u00e9poque aux Trois Luxembourg, les salles de G\u00e9rard et Anne Vaugeois, parmi ses fid\u00e8les complices du Prix. Elle disait pour pr\u00e9ciser les raisons de cet engagement\u00a0: \u00abIl y a un jury, donc on est toute une \u00e9quipe \u00e0 choisir les films et on se dispute pas mal. Mais le prix existe depuis 1951. Au d\u00e9but je n&rsquo;\u00e9tais pas majeure, donc je ne faisais pas partie du jury mais je regardais les films. Peu \u00e0 peu je me suis investie. C&rsquo;est un peu un devoir de m\u00e9moire et aussi une fa\u00e7on d&rsquo;essayer de d\u00e9fendre, aujourd&rsquo;hui, le cin\u00e9ma ind\u00e9pendant. Jean Vigo \u00e9tait un cin\u00e9aste qui est mort jeune mais qui s&rsquo;est battu pour beaucoup de choses&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Je ne manquais pas ces derni\u00e8res ann\u00e9es la remise du Prix Jean Vigo, devenu incontournable \u00e0 force d\u2019avoir r\u00e9compens\u00e9 toute l\u2019intelligence cin\u00e9matographique des soixante derni\u00e8res ann\u00e9es avant qu\u2019elle ne soit \u00e9vidente, Jean-Luc Godard, Chris Marker et Alain Resnais, Semb\u00e8ne Ousmane, Philippe Garrel, Jacques Rozier, Jean-Charles Hue, Katell Quill\u00e9v\u00e9r\u00e9, il y en a tant \u2026.<\/p>\n<p>Un rendez-vous que j\u2019attendais afin d\u2019y d\u00e9couvrir un nouveau talent, \u00ab\u00a0un auteur d&rsquo;avenir\u00a0\u00bb selon la d\u00e9finition de Luce, une \u0153uvre que ne me d\u00e9cevrait pas.<\/p>\n<p>Mais surtout une occasion de revoir Luce, on avait le temps, elle \u00e9tait si jeune\u2026<\/p>\n<p>(Antonia Na\u00efm)<\/p>\n<p>Une version r\u00e9duite de cet article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans le journal\u00a0 Regards<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.regards.fr\/web\/article\/a-propos-de-luce\">http:\/\/www.regards.fr\/web\/article\/a-propos-de-luce<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>LA CIN\u00c9MATH\u00c8QUE FRAN\u00c7AISE rend hommage \u00e0 Luce le lundi 27 f\u00e9vrier 2017 \u00e0 19h30 <\/em><\/p>\n<p><em>Projection des films\u00a0: Luce, \u00c0 propos de Jean Vigo (Le\u00efla F\u00e9rault-Levy, 2016, 67&prime;)<\/em><\/p>\n<p><em>Nice \u2012 \u00e0 propos de Jean Vigo (Manoel de Oliveira, 1983, 58&prime;)<\/em><\/p>\n<p><em>La Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise &#8211; Mus\u00e9e du Cin\u00e9ma, 51, rue de Bercy, Paris 12e &#8211; M\u00e9tro Bercy<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences, ouvrages et interviews de Luce Vigo\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Luce Vigo, <em>Jean Vigo,<\/em> <em>une vie engag\u00e9e dans le cin\u00e9ma<\/em>, CNDP\/Les Cahiers du cin\u00e9ma, 2002<\/p>\n<p>Luce Vigo, Catherine Schapira, <em>Allons z&rsquo;enfants au cin\u00e9ma<\/em>, <em>anthologie de deux cents films pour un jeune public<\/em>, et <em>Kirikou et la sorci\u00e8re, Michel Ocelot<\/em> (Cahier de notes sur..), ainsi que d\u2019autres cahiers \u00e9dit\u00e9s par \u00ab Les Enfants de cin\u00e9ma \u00bb<\/p>\n<p><strong>LES ENTRETIENS DE Cin\u00e9DV \/ Entretien avec Luce Vigo de Aur\u00e9lio Savini sur Vimeo<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vimeo.com\/86812020\">https:\/\/vimeo.com\/86812020<\/a><\/p>\n<p><strong>Radio Prague, interview<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.radio.cz\/fr\/rubrique\/culture\/luce-vigo-il-ma-fallu-des-annees-pour-accepter-lheritage-de-mon-pere\">http:\/\/www.radio.cz\/fr\/rubrique\/culture\/luce-vigo-il-ma-fallu-des-annees-pour-accepter-lheritage-de-mon-pere<\/a><\/p>\n<p>Entretien avec Jean Roy, <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 2005<\/p>\n<p><strong>Le Prix Jean Vigo<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.prixjeanvigo.fr\">http:\/\/www.prixjeanvigo.fr<\/a><\/p>\n<p><strong>Jean Vigo &#8211; Filmographie<\/strong><\/p>\n<p>1930 : \u00c0 propos de Nice<\/p>\n<p>1931 : La Natation par Jean Taris ou Taris, roi de l&rsquo;eau<\/p>\n<p>1933 : Z\u00e9ro de conduite<\/p>\n<p>1934 : L&rsquo;Atalante<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A propos de Luce\u2026 Luce Vigo est partie dimanche dernier, le 12 f\u00e9vrier. 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